Peu de gens savent qu’ils sont fondamentalement porteurs d’une vibration originelle qui est le pilier de leur existence en tant qu’êtres terrestres, qui les définit comme individus uniques et qui doit sans cesse aller en s’élevant au cours de leur parcours universel, donc bien au-delà de la mort du corps actuel.

Et de ces gens, peu sont suffisamment conscients qu’ils doivent non seulement laisser se développer naturellement ce trésor vibratoire mais aussi le protéger férocement contre tout ce qui peut se dresser contre lui pour le gaspiller, l’affaiblir, et potentiellement le réduire à l’état de légume cosmique.


Prenons par exemple le cas d’une personne qui n’a pas encore trouvé son identité et qui se laisse croupir dans des situations de travail, de couple ou de relations sociales qui la mettent continuellement en souffrance.

Cette souffrance, elle essaiera alors de l’endurer, de la rationaliser, de la nier, de l’oublier, en adoptant par exemple plus ou moins consciemment un personnage social de gentillesse ou de conformisme à l’excès, au travail comme ailleurs, baissant la tête devant la guillotine des exigences, des habitudes, des lieux communs et des dominations de toutes sortes qui ne manqueront pas de vouloir l’envelopper.

Ou au contraire elle s’acharnera alors à déployer dans toutes ses interactions une énergie de fureur constante qui l’épuisera petit à petit et la privera des joies amenées par des relations saines et une créativité bien assumée .

Qu’arrive-t-il alors de sa vibration ?

Comme pour une fleur trop longtemps négligée et vite fanée, une colombe enfermée depuis toujours dans une cage trop exiguë ou un cristal précieux recouvert en permanence de couches de plomb, la vibration d’origine se tait graduellement, à l’extérieur comme à l’intérieur de la personne. 

La vie alors devient morne, peu à peu remplie d’amertume, de déception et de regrets plus ou moins subtils par rapport à soi-même et aux autres. Dans d’autres cas, la vie devient très vite usée par une succession d’ambitions ou de plaisirs éphémères, souvent affreusement répétitifs mais donnant le sentiment de vivre un peu, faute de pouvoir vivre ce que sa vibration réelle apporterait.


Il est difficile, à moins de souffrances souvent intenses et répétées, de convaincre une personne de revenir à ce qu’elle est fondamentalement, même si c’est là que résiderait vraiment pour elle l’élément principal de ce que les gens appellent «le bonheur».

La peur du changement, la peur de l’inconnu, la peur de mettre le pied dans le vide, dans l’impression de vide de soi-même, va souvent retenir le moindre nouveau pas et gaspiller la vibration d’origine.

Pour d’autres, ce sera l’orgueil, la suffisance, le narcissisme, la complaisance dans la recherche effrénée de plaisirs ou la possession extravagante de biens matériels qui fera le travail de gaspillage vibratoire.


Dans une salle d’exposition imaginaire sur l’art de gaspiller sa vibration, une série de tableaux dont certains pourront paraître un peu inusités pourrait illustrer davantage le phénomène.

Entrons donc.

Et tout de suite sur le mur de gauche, nous voyons un premier tableau où, sur fond d’environnement rocailleux au sommet d’une colline, une toute petite fleur apeurée refuse d’éclore et reste refermée sur elle-même, se voyant trop sensible et trop différente des autres fleurs aux alentours et craignant les vents qui pourraient se lever à tout moment, l’obligeant à manifester sa force qu’elle s’imagine défaillante.

Les vents de la peur réussiront-ils à l’arracher de ses racines ?


Le tableau suivant montre une femme sans âge, recroquevillée sur elle-même au fond d’un vague placard grisâtre, accablée par la souffrance de sa vie trop morne et presque éteinte. Elle a eu un grand nombre d’épreuves à traverser mais elle peine toujours à se relever. Les cliniciens diront qu’elle est atteinte d’un trouble dépressif.

Que lui enverra la vie ? Des douceurs réconfortantes pour la cajoler ou plutôt un choc qui l’obligera à choisir définitivement entre mourir et vivre ?


Toujours à gauche, nous sommes maintenant devant une vague silhouette d’allure flasque et somnolente, nonchalamment étendue dans un hamac aux motifs de bonnes intentions et de belles promesses en attente d’être accomplies. Au-dessus, un peu en retrait, une immense horloge marque le temps qui semble s’accélérer à mesure que l’on contemple le tableau.

La silhouette se réveillera-t-elle à temps ?


La peinture suivante représente une sorte de goret multicolore qui s’empiffre avec avidité de toutes les nourritures, naturelles ou surnaturelles, qui lui sont présentées. Il y consacre tout son appétit et toute sa vie. Il ignore que ses jours sont comptés et qu’il file tout droit vers la banale charcuterie de son esprit.

Verra-t-il un jour la fange illusoire dans laquelle il se vautre et s’anesthésie ?


Nous nous retrouvons ensuite devant un immense tableau intitulé «La parfaite».

Altière, habillée de sa gloire, imbue de son impression de grandeur et du sentiment de sa haute intelligence, elle flotte littéralement au-dessus du sol qu’elle regarde d’ailleurs avec condescendance et presque mépris. Il n’y pas un pli sur sa perfection.

Personne à ce jour ne lui est arrivé à la cheville dans le décryptage des grands mystères humains ou cosmiques. Elle communique en permanence avec les melchisédechs et les alephs. C’est la grande prêtresse du savoir-dire et du savoir-paraître. Elle prêche maintenant le supramental et s’en délecte orgueilleusement.

Flottera-t-elle encore autant dans le même orgueil lorsque les vents des grands espaces vibratoires universels auront tracé des rides profondes dans le magnétisme affecté et le discours artificiel de son personnage ?


Sur le mur du fond maintenant, on peut lire sur l’étiquette au bas du premier tableau  : «Le perroquet supramental».

La vie de Perroquet est consacrée à répéter sur tous les tons et à qui veut bien l’entendre (ou pas) ce qui se jacasse autour de lui dans la terminologie et les stéréotypes connus du supramental. Point n’est besoin pour lui de comprendre ce qu’il dit, et encore moins de le vibrer à des niveaux vivants. Pour lui, répéter, faire des bruits, c’est l’essence de son identité et sa raison de vivre.

Et si en plus il se retrouve avec des congénères du même acabit, la cacophonie ambiante devient rapidement invasive et lassante.


Tout à côté du perroquet, nous voici avec «Le cornichon». Un cornichon juste assez vert, bien cool et relaxe. Il est dans un pot rempli de marinade avec d’autres cornichons comme lui, baignant dans un état constant de namasté, de nirvana et de satori. Il n’en demande pas plus. Il flotte.

Cornichon ne se rend pas compte qu’il n’a pas de piquant par lui-même et que tout son piquant, donc son identité, ne lui est donné que par le liquide dans lequel il baigne langoureusement sans trop d’efforts à faire.

Aujourd’hui, on a versé un peu de supramental dans son pot. Un essai du nouveau cuisinier. Cornichon regarde les coulées de la nouvelle mixture avec la même lenteur et la même extase spirituelle qui l’a toujours caractérisé. Peu lui importe. Il est heureux dans son bol.

Finira-t-il par en avoir ras le bol ?


Sur l’autre mur de la salle, c’est maintenant une femme en pleurs et en sang qui s’auto-flagelle violemment avec un fouet à cinq lanières terminées chacune par des pointes acérées. Chaque lanière porte clairement une inscription particulière : «Questionnement incessant», «Doutes à en crever», «Peur de déplaire», «Culpabilité inextinguible» et «Horrible crainte de sa force».

Jusqu’où ira la femme dans le dangereux refus de son potentiel vibratoire ?


Tableau suivant: un jeune homme plutôt pâle est penché sur un livre qu’il analyse et dissèque à l’infini en prenant des tonnes de notes manuscrites sur un calepin qui semble sans fin. Son projet est d’écrire et de publier son propre livre dont le titre «Comprendre le Supramental» apparaît déjà en traits esquissés sur son bloc-notes.

Mais il aura fort à faire. Le jeune homme est doté d’un mental rationnel structuré et empesé, peu adapté au sujet qu’il veut étudier. Tout pour lui se ramène à des cases, des grilles, des schémas d’analyse, des concepts, des théories.

Il se voit néanmoins au summum de l’intelligence de par ses méthodes de recherche dites «scientifiques» approuvées par la communauté qui le soutient et il est sûr d’avoir raison dans ce qu’il fait.

Il ferait mieux d’aller enseigner à l’université.


L’avant-dernier tableau nous présente un ermite. Difficile de dire si c’est un homme ou une femme tant le personnage est enveloppé de couches de tissu brun, marron et gris qui le protègent, croit-il, des contacts trop toxiques avec le genre humain.

Il a été instruit récemment sur le supramental mais il a mis une croix sur les échanges et partnerships d’esprit qui le rendraient à coup sûr plus réel et plus créativement intelligent.

Pour le moment, il stagne dans son développement psychique et la croix qu’il a mise sur la communication avec les autres, il la porte chaque jour de plus en plus péniblement, les épaules cosmiques de plus en plus voûtées.


Le dernier tableau est sous-titré «Le narcissique fanfaron». C’est un corbeau noir aux plumes luisantes et légèrement bleutées. Il est perché sur sa branche, près de «la fontaine», pas celle de la fable mais celle dans laquelle il se mire en se croyant fabuleux.

Corbeau est habitué de pérorer sur les sujets les plus divers, et plus récemment sur le supramental. Il adore jaser, caqueter et croasser à l’occasion. Il se délecte de sa propre voix et savoure ses propos qu’il estime intelligents et vibrants, surtout s’il a un micro en main, une caméra en face de lui ou une estrade où se pavaner.

Aujourd’hui, il porte dans son bec un fromage «supramental». Son auditoire à ses pieds, croyant que c’est là un fromage très évolué, veut goûter de plus près ce mets nouveau et, fin renard, félicite chaleureusement Corbeau pour son ramage aussi fabuleux que son plumage.

Quand le fromage tombe finalement au sol, l’auditoire éberlué et déçu s’aperçoit que ce n’est pas du tout d’un Supramental qu’il a hérité mais d’à peine un «Nain Mental» (le jeu de mots est dédié aux amateurs de vrais fromages), dont la laideur de la vieille croûte fanée freine à elle seule l’appétit de s’élever.


Terminons ici la visite.


L’art de gaspiller sa vibration (et quelquefois celle des autres) n’a pas de limites. Beaucoup d’autres galeries semblables à celle que nous venons de visiter mériteraient peut-être le détour en tant que patrimoine artistique ou humoristique de l’humanité.

Mais ce sera suffisant pour aujourd’hui et nous quittons la salle, refermant rapidement derrière nous la porte qui sans doute n’est pas très loin de celle de l’enfer et nous hâtant d’aller respirer à fond un peu plus d’élévation vibratoire et d’émergence de force.

PIERRE-LUC

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