TEXTE de PIERRE-LUC 

«Parlez-moi d’amour» ont chanté les Boyer, Greco, Dalida, Aznavour, Bruel et beaucoup d’autres. Poètes, romanciers, artistes de scène et producteurs de films s’en donnent à coeur joie depuis toujours et font rêver femmes et hommes de ce parfum si envoûtant et aux modulations si diversifiées.

Quand les femmes et les hommes parlent d’amour, sur le plan terrestre s’entend, il se réfèrent la plupart du temps à l’émotion, au sentiment, au désir, à la passion ou au besoin de se lier les uns aux autres, pour quelques instants ou pour la vie, en d’autres mots à des éléments d’une programmation psychique, sociale, génétique et hormonale qui définit et encadre généralement leur existence.

Lorsque pour une raison ou une autre l’un de ces éléments faiblit, par exemple à cause de l’âge qui avance, de l’usure des événements, de la déception répétée, des traumatismes subis, des tentations qui s’offrent, des efforts de volonté à faire ou de la trop grande demande en générosité que requerrait la poursuite du lien, la souffrance apparaît.

Quand on parle d’amour sur les plans élevés de la conscience, on ne parle plus de cet univers amoureux des sentiments ni de cette attraction qui fait tant frémir et dans lesquels tout un chacun demande habituellement davantage à recevoir qu’à donner.

On parle plutôt de ces univers où le principe de base est la création et la maintenance d’un courant évolutif puissant qui, en couplage avec celui de la volonté, permet le passage d’une conscience supra-intelligente, au-delà de l’émotion, du sentiment, de la mémoire et du mental réflexif.

On parle dès lors d’un phénomène d’un tout autre niveau qui, sans renier la valeur évolutive éventuelle de manifestations d’amour dans la chair, le coeur ou l’âme pour les terriens, pousse ces éléments à un degré supérieur de transformation personnelle.

Pour accéder éventuellement à ces niveaux, il est important de reconnaître certaines lois ou piliers sans lesquels il n’est pas possible de toucher la vibration réelle de l’amour et de la maintenir en puissance dans une conscience en continuelle création.

Le premier de ces piliers est la centricité, c’est-dire la capacité de ne pas se laisser infléchir dans sa disponibilité à aimer par tout courant adverse qui pourrait vouloir l’affaiblir, la pénétrer ou la détourner à l’avantage de la loi du moindre effort ou de forces retardataires qui règnent sur l’homme depuis trop longtemps.

Cette centricité est celle du guerrier intégral qui traverse les zones de paix autant que de guerre avec la même placidité, le même discernement et la même disponibilité à se mettre en service à l’égard d’autrui qu’à sortir les armes, selon ce que commandera l’intelligence de la situation.

À la base, l’amour de haut niveau se détache temporairement du focus de son moi et met son énergie à la disposition d’un autre individu pour le propulser et le soutenir dans l’élévation de son propre niveau vibratoire.

Cette dynamique fondamentale de l’amour est en même temps soutenue par d’autres piliers, inséparables des précédents, notamment:

  • la qualité de présence qui fait qu’au moment où l’énergie d’amour est manifestée, la personne qui en est l’objet est la seule qui occupe le champ de l’esprit, à l’encontre de toutes les autres formes possibles d’interférences sur le canal énergétique entre les deux individus, tels le doute, les préoccupations et la dispersion mentale vers des attractions de toutes sortes,
  • le respect absolu, intégral et sans faille de la personne en direction de laquelle est projetée l’énergie de l’amour, impliquant par exemple la capacité de bien saisir la sensibilité de cette personne, la volonté de n’y jamais briser quoi que ce soit, la rapidité à s’excuser et à réparer rapidement s’il y a eu lésion et l’absence totale de jugement moral ou intellectuel sur la «valeur» de cet être,
  • un engagement à soutenir sans faille «l’objet» d’amour le temps requis par le processus auquel on aura accepté ou été amené à participer, d’une durée de quelques secondes comme lors d’un bref contact avec une personne inconnue sur la rue à quelques mois dans le cas de la formation d’un élève et à plusieurs années dans le cas de l’éducation d’un enfant.

Comme on le voit, sans nier l’importance du plaisir ou de la recherche d’un équilibre au niveau du corps, des sens, de l’émotion ou du sentiment, on est dans une zone où via l’application de tels principes, l’énergie de l’amour est portée à un niveau qui dépasse la condition normale d’homme ou de femme terrestre en proposant un passage à des facultés supérieures à tout ce que l’humain a pu connaître à ce jour.

En contrepartie, l’amour porté à ces niveaux devient rapidement générateur d’une joie puissante et profonde qui s’installe dans l’être qui l’héberge et lui fait vite oublier le pathétique fréquent de ses anciennes quêtes, complaintes et blessures, petites ou grandes, reliées à ses états et à ses ébats amoureux.